Moi(s) - Travail personnel sur les règles

L'actualité étant ce qu'elle est, j'ai décidé de publier un extrait suite aux polémiques de censure par Instagram d'une image de l’étudiante canadienne Rupi Kaur ayant ses règles. J'ai eu énormément de mal à faire ces images et elles sont assez délicates à montrer car, étonnement ou pas, elles choquent beaucoup. Quelques explications s'imposent donc, les voici :

«Aux approches d’une femme dans cet état, les liqueurs s’aigrissent, les grains qu’elle touche perdent leur fécondité, les essaims d’abeilles meurent, le cuivre et le fer rouillent sur-le-champ.» Pline l’ancien, Ier siècle.

Les menstruations furent pendant plusieurs siècles un grand mystère scientifique. Aussi bien associées à la vie qu’à la mort, elles furent un poison mortel autant qu’une sécrétion donnant la vie. Il faudra attendre les années 1920 pour que le mystère soit levé et pourtant, les croyances persistent.

Ce travail prend ses racines le jour où, sortant de ma salle de bain, j’annonce à un ami que je viens d’avoir mes règles. La réponse ne tarda pas à venir : «Arrête de parler de ça, on va passer à table !» Toute étonnée par cette réaction épidermique, j’ai commencé à me questionner sur mon propre rapport aux règles. Certes, adolescente je cachais mes tampons au fond de mon sac et je n’abordais que rarement la question. En grandissant, les choses avaient changé. Je parlais plus librement de tout cela, mais qu'en était-il des autres femmes ? Une petite enquête auprès de mon entourage me laissa songeuse. Beaucoup de mes amies avaient un réel problème avec ce sujet.

J’ai donc décidé de parler des règles de façon frontale. Pour moi, évoquer les menstruations n’était ni peindre avec mon sang, ni photographier une belle femme avec une tache sur son pantalon. Les règles c’est avant tout un quotidien, quelque chose qui revient tous les mois et qui fait partie intégrante de nos vies à toutes. C’est la bouillotte sur le ventre pour calmer la douleur, l’ibuprofène dont il ne faut pas abuser et surtout les protections périodiques.

J’ai choisi de montrer ce que l’on ne montre pas. J’ai photographié mes tampons usagés, puis j’ai demandé à d’autres femmes de me laisser photographier les leurs. La forme n’était pas la même, la couleur non plus et même si je savais ce qu’étaient les règles, je me suis rendue compte que je savais surtout ce qu’étaient MES règles.

Moi(s) regroupe un ensemble de portraits de femmes, des images de leurs tampons*, mais aussi des interviews de chacune parlant de leurs règles. Ce sujet peut sembler choquant, bien que très banal, mais il me semble essentiel que dans une période où Instagram censure des images de femmes saignant, l’on montre au plus grand nombre ce que beaucoup de femmes n’osent même pas évoquer.

* J’ai choisi de ne photographier que des tampons pour une raison d’uniformité formelle et parce qu’il reste la protection périodique la plus utilisée en Occident. L’objectif de ce travail n’étant pas de faire un panorama des protections périodiques.