L’histoire de ces images débute en 2007. Alors que je réalisais un reportage sur l’anesthésie, il m’a été donné d’assister à une naissance par césarienne. Ce moment m’est apparu aussi beau que complexe. D’un côté un couple en attente d’un événement heureux, mais plongé dans l’ambiance stressante d’un bloc opératoire, de l’autre une équipe médicale entraînée mais concentrée, pratiquant une opération dont les enjeux importants sont palpables. La complexité de cette naissance hors du commun ne pouvait pas laisser les protagonistes indemnes.

J’ai voulu me renseigner sur ce sujet mais peu d’ouvrages parlaient de la césarienne. Les livres de préparation à la naissance ne font que l’évoquer et pourtant, en France, 25% des naissances se font par «voie haute». La rencontre de femmes ayant subi une telle intervention allait m’éclairer. Les témoignages sont poignants et c’est souvent un sentiment d’échec qui est mis en avant : «Je n’ai pas réussi à mettre mon enfant au monde, il est né sans moi.» Lors d’une césarienne, la mère est consciente, séparée de son ventre par un champ opératoire, elle attend passivement la naissance de son enfant. Elle ne le voit pas sortir de son corps, le lien en est totalement modifié. J’ai commencé à photographier ces naissances. Il fallait que je brouille les pistes pour laisser de la magie dans la découverte de l’enfant. L’utilisation du noir et blanc m’a permis de mélanger les matières : on ne distingue plus le sang du liquide amniotique, la peau de la mère du champ opératoire. Je voulais faire le lien entre les deux côtés du champ opératoire, pour montrer à ces mères la naissance de leur enfant. Pour leur montrer à quel point cet acte peut être beau et différent de ce qu’elles imaginent. J’ai voulu qu’elles assistent à leur accouchement, à leur césarienne.