J’ai photographié des bouts de corps. Les personnes se couchaient sur l’herbe et je les décomposais de façon aléatoire. Ces prises de vue me permettaient de récupérer la matière première, l’essence de mon travail : des bouts de chair parfois identifiables, parfois informes. Ils étaient mes tubes de peinture qui m’ont permis de faire vivre ces personnages.

Je les recomposais par la suite ; ces bouts de chair inertes prenaient vie petit à petit. La métamorphose s’opérait. Tout devenait possible, le corps changeait de plastique. Un bras devenait une jambe, un pied une tête, tout s’emmêlait et pourtant, en prenant du recul, il restait toujours humain.

J’ai créé ces corps qui mettent mal à l’aise. On les définira comme des monstres, infirmes ou torturés, mais on ne pourra s’empêcher d’y voir son propre corps. Ils dérangent par leurs poses douloureuses, leur absence de visage, leur réalité.

Ces personnages portent les noms de leurs corps d’origine. On ne peut plus nier leur existence. Qu’il s’agisse de Gabriel, Hélène ou Jeanne, ils sont bien vivants et nous interrogent sur le corps et sa matière.