L’œil et la main est un voyage dans l’univers de la chirurgie. Ce travail à la fois documentaire et plastique est une réflexion sur la déshumanisation du corps.
Il est toujours choquant de voir réaliser des actes d’une telle violence sur des êtres humains. Pour se protéger, et pouvoir effectuer ces gestes, les chirurgiens déshumanisent le corps en prenant de la distance. Ils n’opèrent plus un être humain, mais une main, un fémur, un ventre. En confrontant deux types d’images, nous mettons en exergue les deux sens essentiels pour pratiquer la chirurgie : le regard qui pose un diagnostic, la main qui soigne. J’ai voulu que les chirurgiens posent face à l’appareil photographique dès la sortie d’une intervention. Protégés par leurs «uniformes», seul le regard laisse entrevoir l’homme derrière le technicien. Observent-ils les gestes rigoureux et précis qu’ils répètent depuis des années les mains maculées de sang, ou s’interrogent-ils sur la nature de l’être et sa capacité à dépasser la violence des actes ?
Chaque portrait permet de confronter l’homme à son action. En observant ces images, le spectateur prend tour à tour la place du chirurgien ou celle du patient. Un double jeu de regards se met en place, l’observateur subit à la fois le regard intrusif du chirurgien tout en réalisant le quotidien pesant de ces médecins.
Le métier de chirurgien semble tout aussi fascinant que repoussant. On respecte ces hommes et ces femmes, autant qu’on les craint. Il est probable que ces images deviendront rapidement anodines à nos yeux car, de la même façon que le chirurgien, nous déshumanisons les corps en regardant ces photographies.