Pendant l’hiver 2014, nous avons suivi, Julie Balagué et moi, l’équipe féminine du Rugby Club de Vincennes. Les Bouchons s’entraînent deux soirs par semaine toute l’année, par tous les temps. Et c’est dans la lumière rasante des projecteurs, par un temps glacial, que nous les avons vues pour la première fois sur le terrain. Nous avons tout de suite été conquises par leur énergie, leurs sourires et leur plaisir évident d’être là. Coachée par deux entraîneurs, Alex et Vincent, couvées du regard par la directrice du club, Catherine, elles font des pompes, courent, répètent des dizaines de fois des récupérations de ballon le nez dans la boue, se rentrent dedans, tombent et se relèvent. Animées par le désir de progresser, elles se dépassent sans cesse.

En voulant comprendre ce qui pousse ces femmes à une discipline encore largement considérée comme masculine, nous avons appris qu’au-delà du délice de « se rouler dans la gadoue », comme elles disent, elles aiment le rugby parce que c’est le sport collectif par excellence. Où, du fait de la passe en arrière, tout repose sur la confiance que l’on a en ses coéquipières. Où chacune, quel que soit son gabarit, trouve sa place. Où, pendant les 180 minutes d’un match, elles sont ensemble, soudées et forment une «machine de guerre» dont le seul objectif est de vaincre.

Agathe, Maurine, Laurène, Manon… Elles nous ont toutes bluffées par leurs performances physiques et leur engagement dans cette équipe, mais aussi par leur enthousiasme et leur grain de folie lors d’une troisième mi-temps mémorable après une victoire à l’extérieur.

Il est également ressorti de ce reportage que dans encore bien des esprits (chagrins, cela va de soi), les femmes n’ont rien à faire sur un terrain de rugby. Pourtant les licences féminines augmentent toujours plus en France et, bon an mal an, les clubs de l’Hexagone s’adaptent à l’arrivée de joueuses. La Coupe du monde de rugby féminin, qui vient de s’achever cet été à Marcoussis et Paris, a gagné en popularité auprès du grand public et des médias, mais de ce côté de l’Ovalie, les joueuses — amateures ou professionnelles — ne bénéficient pas encore de tout le soutien qu’elles méritent. Un constat dont on espère qu’il changera. Les filles ne sont-elles pas des rugbymen comme les autres ?

 Carole Coen