Travail en cours

Il s’agit ici d’engager un état des lieux de la résidence de la Maladrerie à Aubervilliers (93). Ce quartier labellisé patrimoine du XXe siècle, est l’une des réalisations les plus remarquables l’architecture urbaine des années 1970. Ce microcosme, un peu à part, a été imaginé par Renée Gailhoustet. L’architecte avait pour projet de repenser les liens entre la ville et le logement social. Compagne de Jean Renaudie, ils achèvent à peine la construction du centre ville d’Ivry-sur-Seine au moment où le chantier d’Aubervilliers lui est proposé. Sur le même principe qu’Ivry, Renée Gailhoustet ne veut pas seulement créer un lieu de vie, mais un quartier. Elle souhaite revoir la place du logement social dans le tissu urbain. Elle construit sur 9 hectares un ensemble de 1 000 logements (locations HLM, foyer personnes âgées, foyer travailleurs migrants, logements privés) se mêlant à des commerces, des équipements socio-culturels et des ateliers d’artistes, délaissant le stéréotype des barres et des tours.

Architecture futuriste mêlant béton, verre, terrasses végétalisées et formes angulaires, elle laisse une grande place à la circulation piétonne et la végétation. Un genre d’utopie.

Mon travail s’intéresse à la construction du territoire urbain comme une représentation reflétant des orientations économiques, politiques et psychosociologiques. Ma série aborde la notion d’utopie architecturale et la façon dont les habitants s’y insèrent. Mes images mettent en scène des personnes, devenues personnages. L’habitat devient décor. Dans ces photographies je souhaite me positionner sur la frontière entre la réalité d’un territoire, et la fiction de l’utopie dont il tire son origine.

Ce quartier est à l’image des banlieues populaires de l’Île-de-France et de la petite couronne parisienne : ses habitants viennent de tous les horizons, la population y est très jeune, et les problèmes sociaux y sont nombreux. A l’heure où la communication sur le Grand Paris bat son plein, c’est peut-être ici que se trouve le visage de l’avenir : cosmopolite, dynamique, mais aussi trop souvent laissé de côté dans les politiques de la ville qui se sont succédées, encore et encore.

Cette série a reçu le soutien de la bourses «Les Regards du Grand Paris», du Centre National des Arts Plastiques et des Ateliers Médicis.