LA QUÊTE
Au départ il s’agissait d’un projet d’errance. Le silure, plus grand poisson d’eau douce d’Europe était un prétexte pour parler de l’environnement, de la vie, du paysage avec les usagers de la Loire.
J’ai écrit ce projet avant d’être enceinte.
J’ai appris que j’avais ce soutien deux mois après avoir découvert ma grossesse.
Devenir mère est la chose la plus incroyable qui me soit arrivée. Cet événement est venu ébranler mon travail d’artiste. Mes perspectives ont changé, mes envies se sont décalées. Quand je suis allée sur le terrain, c’était la première fois que je laissais ma fille. J’ai eu le sentiment que l’on m’avait préparé au bouleversement que pouvait être l’arrivée d’un enfant. Pourtant, je n’avais jamais entendu parler de femme qui racontait en quoi cela avait affecté leur créativité.
La quête du silure s’est donc transformée en quête de sens. Une errance littéraire et photographique sur les bords de Loire d’une jeune mère
bouleversée par ce nouveau statut. Un mélange de photographies et de textes qui retrace à la fois mes errances en bords de Loire, mes rencontres, mais aussi des notes personnelles sur ce qu’est devenir mère dans une profession comme la mienne
Ce projet a reçu le soutien à la photographie documentaire du Centre National des Arts Plastiques
Voilà
Le 7 avril 2022. Un texte, d’abord écrit pour une résidence de création, puis envoyé dernière minute au Centre National des Arts plastiques. Avec un tel sujet, je n’avais aucune chance.
Le 11 avril 2022. Je pisse sur un bout de plastique. Cinq minutes. Une croix. Je suis enceinte. J’éclate de rire. Seule dans mes toilettes. Je l’annonce à Gabriel. On ne sait plus quoi dire. On rigole.
Le 3 juin 2022. Un appel. Mes parents. Je sors de chez ma psy, il pleut, il pleut. Beaucoup d’eau. Je leur annonce la nouvelle. Bonheur. Ma mère pleure ?
Le 15 juin 2022. Un appel. Chloé. Il fait chaud. Vous avez le financement. Je croyais que c’était ça le bonheur.
Voilà
J’en étais là. L’État français avait décidé de me suivre sur un projet écrit autour d’un poisson et j’étais enceinte.
Extrait de mon journal de terrain. Trentemoult
J’ai passé la nuit chez Jeanne. Troquant le matelas dans le coffre de ma voiture aux lits superposés de ses garçons. Notre conversation a repris à l’endroit où elle s’était arrêtée.
L’intimité, en amitié, ça ne se perd pas.
Nous avons passé la matinée à boire du thé en discutant de nos enfants, de nos relations, de sexualité. Nous avons parlé des violences que nous avons imposées à nos corps. Des choses que nous avons faites sans vraiment le vouloir. Parce qu’il le fallait.
La maternité nous a changé.
J’ai l’impression de faire la paix avec mon corps.